Les mûres c'est si bon, en toute modestie !

Rubus fruticosus L.

 

 

 

Aujourd’hui, destination de vacances, n’importe où dans l’Europe tempérée. Et là, qui, lors d’une randonnée champêtre au mois d’août ne s’est pas laissé tenter par la gourmandise d’une cueillette de Mûres au détour d’une haie ?

Oui, je vous parle bien de ces petits fruits charnus et succulents, formés de petites drupes soudées à la base. Chaque drupe contient une graine...qui restera coincée entre les dents à votre plus grand énervement.

Tôt dans la saison, le fruit est vert à rougeâtre et vous comprendrez rapidement qu’il faut passer son chemin car son goût est très astringent. Mais au petit matin, avant les grosses chaleurs de la fin de l’été, vous pouvez commencer la récolte des Collets dans l’espoir de réaliser la meilleure confiture du monde. Mais comme toutes bonnes choses, il faut le mériter et prendre ses précautions.

D’abord, on évitera la belle tenue blanche, car elle sera vite tachée avec des traces indélébiles de la Bricole de bergère et le jus de citron ou le vinaigre blanc auront bien du mal à faire retrouver la blancheur immaculée.

Ensuite, évitez de prendre les Mûres de Renard au ras du sol, certes, c’est plus facile à prendre, mais c’est aussi à hauteur d’urine de chiens ou de renards, vecteurs de la rage dans certaines régions. Pour les gloutons, on y va mollo sur la quantité mangée sur place, car l’Arronce est légèrement laxative, et faire la grosse commission en urgence dans un roncier est loin d’être une partie de plaisir.

Mais le gros problème, ce sont surtout les turions, ces longues tiges armées de gros aiguillons vulnérants. Des pousses de 2 à 4 mètres en une seule année peuvent se développer. Ce n’est pas surprenant que le jus de Ronce soit utilisé en culture in vitro pour stimuler la culture d'autres tissus végétaux. Un conseil venant tout droit du Périgord, ramper neuf fois sous un roncier formant une arche fait disparaître les furoncles … résultat non garanti par l’auteur de cet article qui pense plutôt comme les grecs qui appelaient cette ronce le «sang des Titans», parce qu'elle était supposée provenir du sang répandu par ceux-ci au cours de la lutte qu'ils durent soutenir contre les dieux.

Par marcottage, ces turions permettent à la plante de former rapidement des ronciers denses si caractéristiques des terrains en friche. Les jeunes arbres protégés par la Léronce, mère de la forêt, sont ainsi à l’abri de la dent vorace des herbivores. Ces Mouriers sauvages forment aussi des haies inextricables au point qu’on a longtemps surnommé le fil de fer barbelé « ronce artificielle ».

Notre cueilleur du dimanche, sans être forcément lui aussi un herbivore, devra affronter des aiguilles qui s’agrippent aux vêtements. Rappelons, l’histoire de Pyrame et de Thisbé dans la mythologie grecque qui reflète la symbolique de l’attachement amoureux de la Ronce : Pyrame, croyant que sa chère Thishé avait été dévorée par une lionne en fureur, se tua de désespoir. Thisbé, éloignée par la crainte, revient et voit expirer son cher Pyrame ; elle ne peut survivre, et le même poignard fait d’une épine de ronce réunit les deux amants.

De façon triviale, il est dit en Bretagne, Maine-et-Loire, Allier, ou Charente, qu’une ronce qui se fixe à la jupe d’une jeune fille ou d’une veuve signifie que son galant pense à elle, ou qu’elle se mariera dans l’année. Par contre, dans le Cher, la jeune fille devra attendre sept ans avant de se marier et dans l’Aude, elle épousera un veuf ou sera veuve trois fois. Donc, mesdames, choisissez bien votre département de résidence ! Pour ces messieurs, il peut être utile de savoir, que manger des Rossebelles stimule le dynamisme et la puissance virile.

Mais l’explication de la présence des épines sur la ronce est bien connue dans le piémont : jadis les Catimurons tenaient une auberge, mais ils firent crédit à tant de Piémontais qu’ils ne purent payer leurs dettes et furent obligés de fermer boutique. Depuis, ils accrochent les gens pour tâcher d'être payés.

Après toutes ces fadaises, nos Renverse panier ne sont toujours par cueillies, et bien, récupérez les longues tiges fendues et privées de leur moelle, pour en faire des paniers, des paillassons ou lier des fagots. Puis, cherchez entre les feuilles vertes à 5 à 7 folioles finement dentées, des corymbes de fleurs (en juin) à 5 petits pétales blanc ou rose. Attention, il y a de nombreuses étamines blanches qui attirent les bourbons et abeilles venant chercher notamment le nectar et surtout le pollen. Sans le savoir, ces insectes sont les principaux acteurs de la fécondation croisée dans la famille des rosacées (pommiers, poiriers, pêchers, cerisiers, roses, etc). Ils permettront d’avoir les fruits récoltés à la fin de l’été.

Mais que faire avec tous ces petits fruits noirs? Vous n’avez que l’embarras du choix. De la confiture pour agrémenter les goûters en hiver, à la glace à la Roumic pour résister aux canicules de plus en plus fréquentes, donc il faut manger plus de glace…miam !

Vous pouvez aussi en faire un sirop astringent qui a le mérite de soigner les maux de gorge de par sa richesse en tanin et en acide salicylique (l’aspirine). Pour le « tea time » vous proposerez des infusions de feuilles d’Espinasse comme ersatz du thé de Chine.

Enfin, vous avez certes affronté tous les dangers de la Rundre, mais sachez rester modeste comme le rappelle la légende suivante : le sapin et la ronce discutaient ensemble. Le sapin se vantait et disait « Je suis beau, élancé et haut, et je sers à construire les toits des temples et des vaisseaux. Comment oses-tu te comparer à moi ? — Si tu te souvenais, répliqua la ronce, des haches et des scies qui te coupent, tu préférerais, toi aussi, le sort de la ronce. »